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Comprendre sa tranche marginale d'imposition : la donnée qui commande vos décisions patrimoniales

Publié le 8 min de lecturePar Paul Dubourguais

Avant tout arbitrage patrimonial, une donnée doit être posée sur la table : votre tranche marginale d'imposition. C'est elle qui détermine ce que rapporte une déduction, elle qui tranche entre le prélèvement forfaitaire unique et l'option pour le barème, elle qui fixe le coût fiscal d'un loyer supplémentaire. Beaucoup la confondent avec leur taux moyen, ou avec leur taux de prélèvement à la source. Ces trois chiffres ne mesurent pourtant pas la même chose.

Ce que la TMI est, et ce qu'elle n'est pas

La tranche marginale d'imposition, ou TMI, est le taux du barème qui s'applique à la fraction la plus élevée de vos revenus [2] : hors effet de seuil ou mécanisme correcteur, 100 euros de revenu imposable supplémentaires supporteraient ce taux. La décote, le plafonnement du quotient familial ou la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus peuvent toutefois modifier le taux marginal réellement supporté. Le taux moyen, lui, rapporte votre impôt total à votre revenu imposable et reste inférieur à la TMI dans le cas courant d'un barème progressif [2]. Le taux de prélèvement à la source relève encore d'une autre logique, détaillée dans notre guide des taux et acomptes du prélèvement à la source : il ignore vos réductions et crédits d'impôt ainsi que certains revenus taxés forfaitairement [5].

Le taux moyen mesure la charge passée, la TMI éclaire la décision future.

Le barème applicable : impôt 2026 sur les revenus 2025

Le barème retenu ici est celui de l'impôt 2026 sur les revenus de 2025, fixé par la loi de finances pour 2026 promulguée le 19 février 2026 et indexé sur l'inflation à hauteur de 0,9 % [1][2].

Fraction du revenu par partTaux
Jusqu'à 11 600 €0 %
De 11 601 € à 29 579 €11 %
De 29 580 € à 84 577 €30 %
De 84 578 € à 181 917 €41 %
Plus de 181 917 €45 %

Ces tranches s'appliquent non à votre revenu total, mais à votre revenu net imposable divisé par votre nombre de parts : un couple avec deux enfants disposant de 120 000 euros de revenu net imposable n'est pas à 41 %, il est à 30 % avant prise en compte des mécanismes correcteurs.

Trois revenus à ne pas confondre

Le revenu brut global additionne vos revenus catégoriels après leurs abattements propres : déduction de 10 % sur les salaires, au moins 509 euros et au plus 14 555 euros par membre du foyer [3], abattement de 30 % en micro-foncier. Le revenu net global en retranche les charges déductibles, dont les pensions alimentaires et les cotisations d'épargne retraite. Le revenu net imposable en retranche encore les abattements spéciaux, par exemple pour les 65 ans et plus ou les invalides [2]. C'est lui, et lui seul, que l'on divise par le nombre de parts.

Le revenu fiscal de référence est autre chose : calculé à partir du revenu net imposable, il y réintègre notamment certains revenus exonérés ou soumis à prélèvement libératoire, l'abattement de 40 % sur les dividendes, les cotisations d'épargne retraite déduites et les plus-values immobilières taxables [4]. Une déduction d'épargne retraite baisse donc votre impôt, mais pas votre RFR.

Le quotient familial et son plafonnement

Un couple marié ou pacsé compte 2 parts, une personne seule 1 part, et chacun des deux premiers enfants ouvre droit à une demi-part [2].

L'avantage procuré par ces demi-parts est plafonné : 1 807 euros par demi-part, 904 euros par quart de part, avec des plafonds spécifiques comme les 4 262 euros du parent isolé ayant un enfant à charge exclusive [2]. L'administration calcule l'impôt avec vos parts réelles, puis sans les demi-parts supplémentaires, et réintègre l'écart qui dépasse le plafond.

La décote, pour les impôts modestes

La décote réduit automatiquement l'impôt des foyers faiblement imposés. Elle s'applique si l'impôt brut ne dépasse pas 1 982 euros pour une personne seule, ou 3 277 euros pour un couple soumis à imposition commune. Elle est égale à la différence entre 897 euros et 45,25 % de l'impôt pour une personne seule, entre 1 483 euros et 45,25 % de l'impôt pour un couple [2].

Dans cette zone, chaque euro supplémentaire réduit aussi la décote : le taux marginal réel y dépasse nettement 11 %.

Exemple : calculer sa tranche marginale d'imposition

Les personnes, montants et situations ci-dessous sont entièrement fictifs. Ils illustrent la mécanique de calcul et ne reflètent aucun dossier réel.

Julien et Marion vivent à Cherbourg-en-Cotentin, mariés, avec deux enfants mineurs à charge.

1. Revenus catégoriels. Julien déclare 78 000 euros de salaire net imposable, Marion 46 000 euros. La déduction de 10 % retire 7 800 et 4 600 euros [3] : restent 111 600 euros. Ils encaissent aussi 12 000 euros de loyers d'un appartement loué vide : sous 15 000 euros, le micro-foncier s'applique avec 30 % d'abattement [6], soit 8 400 euros.

2. Revenu net imposable. 111 600 + 8 400 = 120 000 euros, sans charge déductible.

3. Nombre de parts. 2 parts pour le couple, plus une demi-part par enfant : 3 parts [2].

4. Quotient familial. 120 000 / 3 = 40 000 euros, dans la tranche 29 580 à 84 577 euros. Leur TMI est de 30 % [2].

5. Barème appliqué à une part.

  • Jusqu'à 11 600 € : 0 €
  • De 11 601 à 29 579 € : (29 579 − 11 600) × 11 % = 1 977,69 €
  • De 29 580 à 40 000 € : (40 000 − 29 579) × 30 % = 3 126,30 €

Soit 5 103,99 € par part, et 5 103,99 × 3 = 15 311,97 € pour le foyer.

6. Plafonnement du quotient familial. Même calcul avec 2 parts, quotient de 60 000 euros : 1 977,69 + (60 000 − 29 579) × 30 % = 11 103,99 €, soit 22 207,98 € pour le foyer. L'avantage lié aux deux demi-parts atteint 6 896,01 €, pour un plafond de 2 × 1 807 = 3 614 € [2]. Le dépassement de 3 282,01 € est réintégré : l'impôt s'établit à 18 593,98 €, très au-dessus du seuil de décote de 3 277 euros [2].

Résultat : taux marginal de 30 %, taux moyen de 18 593,98 / 120 000 = 15,49 %. Raisonner sur 15,49 % pour évaluer une opération reviendrait à se tromper d'un facteur deux.

La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus

Elle est due si le RFR dépasse 250 000 euros (personne seule, veuve, séparée ou divorcée) ou 500 000 euros (couple soumis à imposition commune), seuils insensibles au nombre de personnes à charge. Elle s'applique par fraction de RFR : 3 % de 250 001 à 500 000 euros puis 4 % au-delà pour une personne seule ; 3 % de 500 001 à 1 000 000 euros puis 4 % au-delà pour un couple. Une contribution différentielle s'y ajoute pour 2025 et 2026, assurant une imposition minimale de 20 % des plus hauts revenus [7].

Lire les lignes clés de votre avis d'imposition

Votre avis mentionne notamment vos revenus déclarés, votre nombre de parts de quotient familial, votre revenu fiscal de référence et le montant de l'impôt. Depuis la loi de finances rectificative pour 2022, il indique aussi explicitement votre taux moyen et votre taux marginal [5]. Vérifiez que le nombre de parts correspond à votre situation, et repérez votre plafond personnalisé d'épargne retraite, qui y figure aussi [8].

Ce que la TMI change concrètement

Le rendement d'une déduction

Une déduction s'impute sur le revenu, pas sur l'impôt : tant qu'elle reste entièrement dans la même tranche et qu'aucun mécanisme correcteur n'intervient, son économie d'impôt correspond à son montant multiplié par la TMI. Pour les cotisations d'épargne retraite versées en 2026, le plafond est égal à 10 % des revenus d'activité de 2025 nets de frais professionnels, dans la limite de 37 680 euros, ou à 4 710 euros si ce montant est plus élevé. La fraction du plafond 2026 non utilisée devient reportable pendant cinq ans ; les reliquats 2024 et 2025 conservent leur délai de trois ans [8].

Reprenons Julien et Marion en conservant, pour isoler le mécanisme, le barème 2026. Un versement déductible de 5 000 euros ramène leur revenu net imposable à 115 000 euros, soit un quotient de 38 333,33 euros, toujours à 30 %. L'impôt par part devient 1 977,69 + (38 333,33 − 29 579) × 30 % = 4 603,99 euros, soit 13 811,97 euros pour trois parts, plus 3 282,01 euros de plafonnement : 17 093,98 euros. Pour un versement réalisé en 2026, le calcul définitif dépendra du barème applicable aux revenus de 2026.

Dans cette simulation à barème constant, l'économie est de 1 500 euros, exactement 5 000 × 30 %. Un même versement restant intégralement dans une tranche à 11 % procurerait une économie de 550 euros. Leur RFR, lui, reste à 120 000 euros, les cotisations d'épargne retraite déduites étant réintégrées dans son calcul [4].

PFU 30 % ou option pour le barème

Les revenus de capitaux mobiliers relèvent par défaut du prélèvement forfaitaire unique : 12,8 % d'impôt sur le revenu plus les prélèvements sociaux, soit 30 % pour les revenus de 2025 [9][10]. L'option pour le barème les soumet à votre TMI, avec en contrepartie l'abattement de 40 % sur les dividendes et une fraction de CSG déductible de 6,8 points [9][10].

À situation simple et hors abattements, déficits ou moins-values reportables, le barème est généralement plus favorable si vous êtes non imposable ou imposé à 11 %, tandis que le PFU tend à l'emporter à 30 % ou plus [9]. L'option pour le barème est toutefois globale : elle porte sur l'ensemble des revenus et gains mobiliers éligibles du foyer pour l'année. Pour 6 000 euros de dividendes chez Julien et Marion, le PFU coûte 1 800 euros, contre 2 112 euros au barème (1 080 euros d'impôt sur le revenu et 1 032 euros de prélèvements sociaux), avant prise en compte de l'effet différé de la CSG déductible.

Attention au millésime : sur les revenus de placements de 2026, le PFU passe à 31,4 % dans le cas général [10].

Le régime des revenus fonciers

En location nue, le micro-foncier s'applique jusqu'à 15 000 euros de revenus fonciers bruts, avec un abattement de 30 %. Au-delà, le régime réel s'impose ; en dessous, l'option pour le réel est irrévocable trois ans [6]. Elle devient intéressante dès que vos charges dépassent 30 % de vos loyers. Si elles excèdent les recettes, la part du déficit hors intérêts d'emprunt s'impute sur le revenu global dans la limite de 10 700 euros, le reste sur vos revenus fonciers des dix années suivantes [6].

C'est ici que la TMI pèse le plus lourd. Un revenu foncier net de 100 euros supporte 17,20 euros de prélèvements sociaux, qui restent à ce taux, et 30 euros d'impôt à 30 % de TMI [6][10] : la ponction réelle avoisine 45 % une fois la CSG déductible prise en compte, et dépasse 55 % à 41 %. Un projet locatif viable à 11 % peut ne plus l'être à 41 %.

Questions fréquentes

Comment connaître ma TMI en une minute ?

Divisez le revenu net imposable de votre avis par votre nombre de parts et placez le résultat dans le barème. Votre avis indique d'ailleurs directement votre taux marginal [5].

Mon taux de prélèvement à la source est de 9 %. Est-ce ma TMI ?

Non. Ce taux est calculé par l'administration pour votre foyer fiscal et modifié chaque année en septembre, à partir de la déclaration du printemps [11]. Un foyer imposé à 30 % peut afficher un taux à un chiffre.

Quelle différence entre TMI et taux moyen d'imposition ?

La TMI correspond au taux de la dernière tranche atteinte ; le taux moyen rapporte l'impôt total au revenu net imposable. La première aide à estimer l'effet d'un revenu ou d'une déduction supplémentaire, tandis que le second mesure le poids global de l'impôt. Les mécanismes correcteurs peuvent toutefois créer un taux marginal effectif différent de la TMI affichée.

Une augmentation peut-elle me faire perdre de l'argent ?

Non. Seuls les euros au-dessus du seuil sont taxés au taux supérieur : passer de 29 500 à 30 000 euros de quotient ne fait basculer à 30 % que la fraction excédant 29 579 euros [2].

Je suis dirigeant : salaire ou dividendes ?

La TMI est un paramètre, pas la réponse : il faut aussi comparer le coût social de la rémunération, sa déductibilité dans la société, l'impôt sur les sociétés payé en amont et la fiscalité personnelle des dividendes.

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Information réglementaire

Octant Patrimoine, 9 avenue Carnot à Cherbourg-en-Cotentin. Paul Dubourguais exerce en qualité de conseiller en investissements financiers et de courtier en assurances, immatriculé à l'ORIAS et membre d'une association professionnelle agréée par l'AMF. Données collectées et vérifiées le 18 août 2026. Millésime fiscal utilisé : impôt 2026 sur les revenus de 2025, barème fixé par la loi de finances pour 2026 du 19 février 2026. Cet article a une portée générale et informative. Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement, ni une consultation fiscale. Toute décision doit reposer sur une étude préalable de votre situation.

Sources

  1. Service Public, « Impôt sur le revenu : tranches et taux d'imposition 2026 », publié le 23 février 2026 : service-public.gouv.fr
  2. Service Public, « Impôt sur le revenu - Calcul de l'impôt » (fiche F34328), vérifié le 15 avril 2026 : service-public.gouv.fr
  3. Service Public, « Impôt sur le revenu - Frais professionnels : forfait ou frais réels (déduction) » (fiche F1989), vérifié le 15 avril 2026 : service-public.gouv.fr
  4. Service Public, « Qu'est-ce que le revenu fiscal de référence ? » (fiche F13216), vérifié le 1er janvier 2026 : service-public.gouv.fr
  5. Service Public, « Impôt sur le revenu - À quoi sert l'avis d'impôt ? » (fiche F99), vérifié le 1er janvier 2026 : service-public.gouv.fr
  6. Service Public, « Impôt sur le revenu - Revenus locatifs (location non meublée) » (fiche F1991), vérifié le 15 avril 2026 : service-public.gouv.fr
  7. Service Public, « Qui doit payer la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus ? » (fiche F31130), vérifié le 15 avril 2026 : service-public.gouv.fr
  8. Service Public, « Impôt sur le revenu - Cotisations d'épargne retraite (déduction) » (fiche F14709), vérifié le 15 avril 2026 : service-public.gouv.fr
  9. Service Public, « Impôt sur le revenu - Revenus des valeurs et capitaux mobiliers » (fiche F2613) : service-public.gouv.fr
  10. Service Public, « Prélèvements sociaux (CSG, CRDS...) sur les revenus du patrimoine et de placements » (fiche F2329), vérifié le 30 juin 2026 : service-public.gouv.fr
  11. Service Public, « Impôt sur le revenu - Prélèvement à la source » (fiche F34009), vérifié le 15 avril 2026 : service-public.gouv.fr
  12. Légifrance, LOI n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 : legifrance.gouv.fr
  13. Légifrance, Code général des impôts, articles 193 à 199 (calcul de l'impôt sur le revenu) : legifrance.gouv.fr
  14. Légifrance, Code général des impôts, article 223 sexies (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus) : legifrance.gouv.fr
  15. BOFiP, BOI-IR-LIQ-20, calcul de l'impôt sur le revenu : bofip.impots.gouv.fr
  16. impots.gouv.fr, Brochure pratique 2026 - Déclaration des revenus de 2025 : impots.gouv.fr

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Paul Dubourguais

Conseiller en gestion de patrimoine à Cherbourg-en-Cotentin, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26004544. Dix ans en banque privée et en fintech (HSBC, Caisse d'Épargne Île-de-France, WeSave) avant de fonder Octant Patrimoine en 2026. Parcours complet

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