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Épargner pour les études de ses enfants : quelles enveloppes choisir ?

Publié le 9 min de lecturePar Paul Dubourguais

Entre le logement, les frais de scolarité et le coût de la vie courante, financer les études supérieures d'un enfant représente un budget conséquent, qui se prépare rarement au dernier moment. Livret A, Plan d'épargne avenir climat, assurance-vie, donation aux grands-parents : plusieurs enveloppes se complètent selon l'âge de l'enfant et l'horizon visé. Voici comment les articuler, avec un exemple chiffré.

Combien coûtent des études supérieures, et à partir de quand épargner

Le coût varie fortement selon la filière et la ville. Selon la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), le coût de la rentrée 2025 s'est établi en moyenne à 3 227 euros, frais de rentrée et premier mois de dépenses courantes compris [7]. Sur l'année, l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) évaluait en 2025 le reste à charge mensuel moyen d'un étudiant à 1 226 euros, en hausse de 4,12 % sur un an, le logement représentant le premier poste de dépense [8]. Les filières sélectives privées (écoles de commerce, certaines écoles d'ingénieurs) ajoutent, en plus, des frais de scolarité qui peuvent atteindre plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d'euros par an [9].

Face à ces montants, mieux vaut lisser l'effort sur toute l'enfance plutôt que de le concentrer sur les deux ou trois années précédant le bac. Un horizon de quinze à dix-huit ans permet de répartir de petites sommes régulières sur plusieurs enveloppes complémentaires, chacune ayant ses propres règles de plafond, de disponibilité et de fiscalité.

Dès la naissance : Livret A et PEAC, les deux piliers réglementés

Le Livret A

Le Livret A peut être ouvert pour un enfant dès sa naissance par ses parents ou représentants légaux. Le plafond des dépôts est fixé à 22 950 euros (hors capitalisation des intérêts), pour un taux de rémunération de 1,7 % depuis le 1ᵉʳ août 2026. Les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux [1][3]. Jusqu'aux 16 ans de l'enfant, les retraits nécessitent l'autorisation du représentant légal ; passé cet âge, l'enfant peut retirer seul les fonds, sauf opposition du représentant légal notifiée à l'établissement, et peut même ouvrir lui-même un Livret A sans l'accord de ses parents [1]. Rappelons qu'une même personne, mineure ou majeure, ne peut détenir qu'un seul Livret A.

Le Plan d'épargne avenir climat (PEAC)

Créé le 1ᵉʳ juillet 2024, le PEAC est réservé aux jeunes de moins de 21 ans résidant en France et peut, comme le Livret A, être ouvert dès la naissance par l'un des parents [1][2]. Son plafond de versements est identique à celui du Livret A, 22 950 euros. À la différence des livrets réglementés, le PEAC n'offre pas de taux garanti : les sommes versées sont investies en titres financiers labellisés ISR ou Greenfin, avec une gestion pilotée qui sécurise progressivement le capital à l'approche de l'échéance (au moins 70 % du portefeuille en supports peu risqués dès deux ans avant la liquidation). Le capital n'est donc pas garanti et reste soumis aux aléas des marchés financiers [2]. En contrepartie, les gains et plus-values sont totalement exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux [1][2]. Les fonds sont bloqués jusqu'à la majorité, avec une durée de blocage minimale de cinq ans à compter de l'ouverture ; au-delà, des retraits partiels sont possibles à tout moment, mais ils empêchent tout nouveau versement, et le plan se clôture automatiquement à 30 ans. Un déblocage anticipé avant 18 ans reste possible en cas d'invalidité du titulaire ou de décès d'un de ses parents [2].

Dès 12 ans, le Livret Jeune en complément

À partir de 12 ans, un Livret Jeune peut être ouvert, avec l'accord des parents. Son plafond est plus modeste, 1 600 euros, mais son taux ne peut être inférieur à celui du Livret A, soit 1,7 % minimum depuis le 1ᵉʳ août 2026, chaque banque restant libre de proposer davantage. Les intérêts sont eux aussi exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux [1][3]. La disponibilité des fonds s'assouplit avec l'âge : autorisation du représentant légal nécessaire avant 16 ans, retraits possibles sauf opposition parentale entre 16 et 18 ans, puis totale autonomie à la majorité [1]. Le Livret Jeune vient utilement compléter le Livret A une fois son propre plafond atteint, mais son faible plafond en fait un outil d'appoint plutôt qu'un pilier de financement.

L'assurance-vie au nom de l'enfant : l'enveloppe de temps long

Un contrat d'assurance-vie peut être souscrit au nom d'un enfant mineur dès sa naissance. Un mineur ne pouvant contracter seul, la souscription est effectuée par ses représentants légaux ; si les deux parents exercent conjointement l'autorité parentale, les deux doivent signer, l'ouverture engageant le patrimoine de l'enfant. Juridiquement, l'enfant est pleinement propriétaire des fonds dès le versement, mais ce sont ses parents qui assurent la gestion courante (versements, arbitrages, rachats) jusqu'à ses 18 ans, tout rachat avant la majorité nécessitant leur autorisation conjointe [1].

Sur le plan fiscal, l'assurance-vie suit les règles habituelles : pour les rachats effectués après huit ans de détention du contrat, les gains bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule (9 200 euros pour un couple soumis à imposition commune), puis sont taxés à 7,5 % pour la fraction correspondant à des primes cumulées inférieures à 150 000 euros, auxquels s'ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux. Avant huit ans, le prélèvement forfaitaire est de 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux [6]. Comme le contrat est souscrit au nom de l'enfant dès son plus jeune âge, l'ancienneté fiscale de huit ans est généralement acquise bien avant qu'il n'ait besoin des fonds pour financer ses études.

Recevoir un coup de pouce familial : donation et pacte adjoint

Les grands-parents, ou les parents eux-mêmes, peuvent vouloir donner un capital de départ plus substantiel. Deux abattements sur les droits de donation s'appliquent alors, que l'enfant soit mineur ou majeur : chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 euros à son enfant sans droits à payer (200 000 euros pour un couple), et chaque grand-parent peut donner jusqu'à 31 865 euros à un petit-enfant, ces abattements se renouvelant tous les quinze ans [4]. Attention à ne pas confondre ces abattements avec l'exonération spécifique des dons familiaux de sommes d'argent (article 790 G du CGI, également plafonnée à 31 865 euros tous les quinze ans) : celle-ci exige que le bénéficiaire soit majeur au jour du don, et ne peut donc pas être mobilisée au profit d'un enfant mineur [5]. Tout don manuel doit par ailleurs être déclaré à l'administration fiscale, y compris lorsqu'aucun droit n'est dû, désormais en principe via l'espace personnel en ligne du bénéficiaire ou de son représentant légal [4].

Pour flécher précisément l'usage d'une somme donnée, un pacte adjoint peut accompagner le don manuel. Cette convention écrite, pour laquelle le notaire n'est pas obligatoire mais recommandé dans les situations complexes, permet d'insérer une clause de remploi imposant que les fonds servent, par exemple, à financer des études supérieures plutôt que des dépenses courantes [10]. C'est un outil fréquent lorsque le don finance l'ouverture d'un contrat d'assurance-vie au nom du mineur.

Un exemple chiffré : la famille Leprince, à Cherbourg-en-Cotentin

Camille et Thomas Leprince (prénoms et chiffres fictifs) habitent Cherbourg-en-Cotentin. À la naissance de leur fille Léa, ils mettent en place trois enveloppes en parallèle.

Le mois de la naissance, les grands-parents des deux côtés effectuent un don manuel de 8 000 euros au profit de Léa, formalisé par un pacte adjoint qui affecte cette somme au financement d'un contrat d'assurance-vie ouvert à son nom, avec une clause de remploi réservant les fonds à ses études supérieures. Ce montant restant très en deçà de l'abattement de 31 865 euros par grand-parent, aucun droit de donation n'est dû [4].

En parallèle, Camille et Thomas ouvrent un Livret A pour Léa, alimenté par 60 euros par mois, et un PEAC, alimenté par 40 euros par mois. Sur les dix-huit années qui séparent la naissance de Léa de sa majorité (216 mois), les versements cumulés s'élèvent à 12 960 euros sur le Livret A et 8 640 euros sur le PEAC, chacun restant très en dessous du plafond de 22 950 euros. Au total, les trois enveloppes auront reçu 29 600 euros de versements ou de don en dix-huit ans, avant tout effet des intérêts ou des éventuelles plus-values, qui ne sont pas projetés ici : les intérêts du Livret A sont fixés par les pouvoirs publics et révisés deux fois par an, et les performances du PEAC comme celles de l'assurance-vie dépendent des marchés financiers, sans garantie de résultat.

EnveloppeAlimentationVersé en 18 ans
Livret A60 € par mois12 960 €
PEAC40 € par mois8 640 €
Assurance-viedon des grands-parents à la naissance8 000 €
Total versé 29 600 €

Cas fictif, hors intérêts et plus-values éventuels, qui ne sont pas projetés ici.

L'intérêt de cette répartition tient à la complémentarité des trois enveloppes : le Livret A offre une disponibilité totale et un capital garanti, le PEAC vise un horizon plus long avec une fiscalité privilégiée sur des supports d'investissement, et l'assurance-vie, ouverte dès la naissance, aura largement dépassé les huit ans d'ancienneté nécessaires pour bénéficier de sa fiscalité la plus douce le jour où Léa engagera ses études.

Ne pas oublier la réduction d'impôt pour frais de scolarité

Une fois l'enfant scolarisé, une réduction d'impôt existe pour les parents qui l'ont à charge : 61 euros par enfant au collège, 153 euros au lycée et 183 euros dans l'enseignement supérieur, sous réserve que l'enfant soit scolarisé au 31 décembre de l'année d'imposition et ne perçoive pas de rémunération dans le cadre de sa formation [6]. Les montants sont modestes mais méritent d'être déclarés chaque année, notamment lorsque l'enfant poursuit des études supérieures et reste rattaché au foyer fiscal de ses parents.

Questions fréquentes

Peut-on retirer l'argent placé sur le Livret A ou le PEAC d'un enfant avant ses 18 ans ?

Sur le Livret A, oui, avec l'autorisation du représentant légal jusqu'à 16 ans, puis seul au-delà. Sur le PEAC, les fonds restent bloqués jusqu'à la majorité, sauf invalidité du titulaire ou décès d'un de ses parents [1][2].

Qui gère l'argent placé sur les enveloppes ouvertes au nom d'un enfant mineur ?

Les représentants légaux, en pratique les parents, assurent la gestion courante (versements, arbitrages) jusqu'aux 18 ans de l'enfant, même si celui-ci est juridiquement propriétaire des fonds dès leur versement [1].

Faut-il déclarer les dons faits à son enfant pour financer ses études ?

Oui, même sous les abattements et sans droit à payer. La déclaration s'effectue désormais en ligne, dans l'espace personnel du bénéficiaire ou de son représentant légal, sauf cas de dispense [4].

Le Livret A d'un enfant compte-t-il dans son propre plafond une fois devenu adulte ?

Oui. Le Livret A appartient juridiquement à l'enfant dès son ouverture : les versements effectués pendant sa minorité s'imputent sur le même plafond de 22 950 euros qu'il continuera d'utiliser à sa majorité [1].

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Information réglementaire

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de la réglementation. Les montants, plafonds et taux cités sont ceux en vigueur à la date de rédaction (données vérifiées le 4 août 2026) et peuvent évoluer, notamment les taux des produits réglementés, révisés deux fois par an. Aucun rendement n'est promis ni garanti sur les supports en unités de compte, le PEAC ou l'assurance-vie. Toute décision doit reposer sur une étude personnalisée de votre situation. Octant Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine situé 9 avenue Carnot à Cherbourg-en-Cotentin. Paul Dubourguais exerce en qualité de Conseiller en investissement financier (CIF) et de Courtier en assurances, immatriculé à l'ORIAS. Rémunération transparente, architecture ouverte, honoraires clairs.

Sources

  1. economie.gouv.fr, « Quels produits d'épargne pouvez-vous ouvrir pour votre enfant ? », 15 juillet 2026. economie.gouv.fr
  2. economie.gouv.fr, « Plan épargne avenir climat (PEAC) : comment ça fonctionne ? », 23 janvier 2026. economie.gouv.fr
  3. LégiFiscal, « Livret A : taux de rémunération à compter du 1er août 2026 », 20 juillet 2026. legifiscal.fr
  4. impots.gouv.fr, « Que puis-je donner à mes enfants, petits-enfants sans avoir à payer de droits ? », modifié le 30 mars 2026. impots.gouv.fr
  5. impots.gouv.fr, « Dons exonérés » (exonération des dons familiaux de sommes d'argent, article 790 G du CGI), modifié le 28 novembre 2025. impots.gouv.fr
  6. impots.gouv.fr, « Comment sont imposés les produits des contrats d'assurance-vie depuis le 1er janvier 2018 ? », mis à jour le 20 mars 2026 impots.gouv.fr ; Service-public.fr, « Impôt sur le revenu : frais de scolarité des enfants (réduction d'impôt) » (article 199 quater F du CGI), vérifié le 15 avril 2026. service-public.fr
  7. L'Étudiant, « Rentrée 2025 : le cri d'alerte de la FAGE face au coût de la rentrée » (coût moyen de la rentrée étudiante 2025 à 3 227 €, estimation FAGE). letudiant.fr
  8. L'Étudiant, « Rentrée 2025 : les étudiants devront dépenser 800 euros de plus » (enquête annuelle UNEF, août 2025 : reste à charge mensuel moyen de 1 226 €, en hausse de 4,12 % sur un an). letudiant.fr
  9. Ordre de grandeur des frais de scolarité dans le supérieur privé sélectif (écoles de commerce, écoles d'ingénieurs), à titre indicatif et non exhaustif, d'après la presse spécialisée : frais annuels du secteur public autour de 630 à 735 € (CVEC comprise) contre plusieurs milliers à plusieurs dizaines de milliers d'euros par an dans certaines écoles privées.
  10. Notaires de France, lexique, « Pacte adjoint » : convention écrite accompagnant un don manuel pour en préciser les modalités (charges, clause de remploi, dispense de rapport). notaires.fr

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Paul Dubourguais

Conseiller en gestion de patrimoine à Cherbourg-en-Cotentin, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26004544. Neuf ans en banque privée et en fintech (HSBC, Caisse d'Épargne Île-de-France, WeSave) avant de fonder Octant Patrimoine en 2026. Parcours complet

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