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Fonds en euros ou unités de compte : comment arbitrer dans son assurance-vie

Publié le 7 min de lecturePar Paul Dubourguais

Rester sur le fonds en euros, ou basculer une partie de son épargne en unités de compte ? La question est mal posée : ces deux supports ne rendent pas le même service et ne portent pas le même risque. Voici ce que garantit chacun, ce que change la fiscalité, et comment se raisonne un dosage.

Ce que garantit réellement un fonds en euros

Garantie en capital et effet cliquet

Sur le fonds en euros, c'est l'assureur qui porte le risque : selon les termes du contrat, il s'engage à restituer les sommes versées, et les intérêts attribués chaque année sont acquis. C'est « l'effet cliquet », expression commerciale et non catégorie juridique du Code des assurances : ce qui vous engage, c'est la rédaction de vos conditions générales.

Deux points à vérifier : la garantie porte-t-elle sur les versements bruts ou nets des frais sur versement, et le capital est-il garanti brut ou net des frais de gestion annuels ? L'enjeu n'est pas théorique : l'ACPR mesure un chargement de gestion moyen de 0,63 % en 2025 sur les supports euros individuels [1].

Le « taux servi » publié est, dans la définition de l'ACPR, net des chargements sur encours mais brut des prélèvements sociaux et fiscaux [1]. Pour 2025, il s'établit en moyenne à 2,63 % sur les contrats individuels, comme en 2024 [1] : une constatation sur un millésime clos, pas une indication de ce que servira votre contrat. Cette moyenne intègre en outre des bonifications souvent conditionnées à une part minimale d'unités de compte, un assuré n'en bénéficiant d'aucune recevant un taux inférieur d'au moins 0,39 point [1].

Participation aux bénéfices et PPB

L'assureur ne garde pas tout : le Code des assurances impose qu'au moins 85 % du solde du compte financier alimentent le compte de participation aux résultats, dont le solde revient aux contrats, directement ou via la provision pour participation aux bénéfices [9]. Cette PPB est un réservoir de lissage, mais elle n'est pas mobilisable indéfiniment : les sommes qui y sont portées doivent être affectées à la provision mathématique ou versées aux souscripteurs dans les huit exercices suivant leur dotation [4]. Fin 2025, elle représentait 4,0 % des provisions d'assurance-vie des contrats individuels, contre 4,3 % fin 2024 [1] : ce ratio a donc légèrement reculé en un an, sans permettre à lui seul de prévoir les taux futurs.

Ce qu'est une unité de compte, et ce qui n'est pas garanti

Une unité de compte est une part d'actif (fonds actions, obligataire, immobilier, produit structuré) inscrite à votre contrat. Le Code des assurances prévoit que le capital garanti peut être exprimé en unités de compte constituées de valeurs mobilières ou d'actifs offrant une protection suffisante de l'épargne investie et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'État [2].

La conséquence doit figurer dans la note d'information remise avant la souscription, dans des termes fixés par le Code des assurances : l'entreprise d'assurance ne s'engage que sur le nombre d'unités de compte, mais pas sur leur valeur, laquelle reflète celle des actifs sous-jacents, n'est pas garantie et fluctue à la hausse comme à la baisse selon notamment l'évolution des marchés financiers [3]. Cette formule ne signifie pas que le nombre de parts restera matériellement inchangé : les frais de gestion du contrat sont généralement prélevés en diminuant le nombre d'unités détenues [10]. Le risque de marché porte, lui, sur leur valeur.

Leur encours atteignait 612 milliards d'euros fin 2025, contre 1 361 milliards pour les engagements à capital garanti [1]. Depuis 2020, ils affichent selon l'ACPR un rendement annuel moyen de l'ordre de 2,0 %, net de frais, mais « très variable dans le temps » [1].

L'horizon de placement, la vraie variable de décision

La bonne question n'est pas « quel support rapporte le plus », mais « quand ai-je besoin de cet argent, et que se passe-t-il si les marchés sont bas ce jour-là ». Une épargne de précaution, ou un apport pour un achat prévu dans deux ans, ne devrait en principe pas être exposé à des unités de compte susceptibles de baisser à court terme. Un capital destiné à compléter des revenus dans quinze ans peut au contraire en supporter une part : la durée réduit la contrainte de vendre à une date imposée, sans garantir pour autant le rattrapage d'une baisse.

Fiscalité identique, prélèvements sociaux à des moments différents

L'impôt sur le revenu ne distingue pas les gains du fonds en euros de ceux des unités de compte : c'est l'enveloppe qui commande, pas le support. Pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017, les produits supportent un prélèvement forfaitaire non libératoire de 12,8 % avant huit ans et de 7,5 % ensuite, régularisé l'année suivante au prélèvement forfaitaire unique ou, sur option expresse, irrévocable et globale, au barème progressif [5]. Après huit ans s'ajoute un abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple), le taux de 7,5 % s'appliquant tant que l'encours de primes non remboursées, apprécié au 31 décembre précédent sur l'ensemble de vos contrats, reste sous 150 000 euros ; au-delà, une fraction des produits relève de 12,8 % [5].

Les prélèvements sociaux, eux, ne tombent pas au même moment. Sur les droits exprimés en euros, y compris la poche euros d'un contrat multisupport, la contribution est due dès l'inscription des produits au contrat, donc chaque année ; sur les unités de compte, au dénouement, au décès, ou au prorata en cas de rachat partiel [6]. Le taux global reste de 17,2 % : le Code de la sécurité sociale maintient à 9,2 % la CSG sur ces produits, par dérogation au taux de droit commun porté à 10,6 % [7], ce que confirme la documentation fiscale [5].

Deux conséquences. Sur le fonds en euros, vous perdez chaque année la capitalisation de la fraction prélevée. Et si la poche en unités de compte est en moins-value au rachat, l'assiette calculée au dénouement peut être négative : une restitution peut alors intervenir dans la limite des prélèvements déjà acquittés sur la poche euros [6]. Le texte de l'article L. 136-7 encadre expressément la CSG ; le montant opérationnel de restitution de l'ensemble des prélèvements sociaux doit être confirmé auprès de l'assureur.

Gestion libre ou gestion pilotée

En gestion libre, vous choisissez les supports et déclenchez les arbitrages ; en gestion pilotée, vous déléguez ces décisions selon un profil de risque défini au départ. Aucune n'est supérieure par nature : la seconde apporte de la discipline, mais ajoute une couche de frais à celles du contrat et des fonds. Pour identifier toutes les couches, consultez notre analyse des frais d'assurance-vie, puis chiffrez-les avec notre simulateur de frais.

Exemple : comparer fonds euros et unités de compte sur 12 ans

Personnes et montants sont fictifs. Les taux retenus sont des hypothèses arbitraires, destinées à illustrer un mécanisme : ni prévision, ni promesse de rendement. La fiscalité est supposée inchangée sur toute la période.

Sophie Lecarpentier, 52 ans, salariée à Cherbourg-en-Cotentin, place 60 000 euros en 2026 et rachète tout en 2038, douze ans plus tard. Célibataire, encours de primes sous 150 000 euros, prélèvement forfaitaire unique. Hypothèses : fonds en euros à 2,00 % par an net de frais ; unités de compte à 4,00 % par an en scénario favorable, moins 1,00 % en scénario défavorable. Ni versement, ni arbitrage, ni frais d'entrée.

Scénario A, 100 % fonds en euros. Les prélèvements sociaux de 17,2 % étant pris chaque année sur les intérêts inscrits, le capital progresse de 2,00 % × (1 − 0,172) = 1,656 % net par an. 60 000 × 1,01656^12 = 73 071,40 euros, soit 13 071,40 euros de produits. Après abattement de 4 600 euros, la base imposable est de 8 471,40 euros, soit 635,36 euros d'impôt à 7,5 %. Solde net : 72 436,05 euros.

Combien coûte ce prélèvement au fil de l'eau ? Sans lui, le capital aurait atteint 60 000 × 1,02^12 = 76 094,51 euros ; des prélèvements sociaux appliqués une seule fois à la sortie auraient coûté 2 768,26 euros, laissant 73 326,25 euros. À impôt sur le revenu inchangé, le décalage coûte 254,85 euros sur douze ans, environ 0,42 % du capital de départ.

Scénario B, moitié fonds en euros, moitié unités de compte à 4,00 %. Poche euros : 30 000 × 1,01656^12 = 36 535,70 euros. Poche unités de compte : 30 000 × 1,04^12 = 48 030,97 euros, soit 18 030,97 euros de gain et 3 101,33 euros de prélèvements sociaux au rachat. Contrat 84 566,67 euros, produits 24 566,67 euros, impôt (24 566,67 − 4 600) × 7,5 % = 1 497,50 euros. Solde net : 79 967,84 euros, soit 7 531,79 euros de plus qu'en A.

Scénario C, même répartition, unités de compte à moins 1,00 % par an. Poche unités de compte : 30 000 × 0,99^12 = 26 591,55 euros, moins-value de 3 408,45 euros. Contrat avant régularisation sociale : 63 127,25 euros. Pour conserver un exemple lisible, retenons l'hypothèse où l'assureur restitue 17,2 % de cette assiette négative, soit 586,25 euros, montant inférieur aux prélèvements déjà acquittés sur la poche euros, environ 1 357,66 euros [6]. Le contrat atteindrait alors 63 713,50 euros ; ses produits de 3 713,50 euros resteraient sous l'abattement, sans impôt sur le revenu. Solde net hypothétique : 63 713,50 euros, soit 8 722,55 euros de moins qu'en A. Le montant exact de la restitution doit être demandé à l'assureur, le texte légal visant expressément la CSG et non, à lui seul, la totalité des prélèvements sociaux.

Ce calcul ne dit pas que les unités de compte rapportent plus. Il dit qu'une même décision produit, à capital identique, un écart de 16 254,34 euros entre les deux scénarios. C'est cette amplitude qui doit guider le dosage. Testez vos hypothèses avec notre outil de projection d'épargne.

Ce n'est pas un choix binaire, c'est un dosage

Un contrat multisupport permet de loger les deux et de faire évoluer la répartition dans le temps. Trois principes :

  • Rattacher chaque poche à un usage daté plutôt qu'à une intuition de marché : ce qui sert dans trois ans reste sur le fonds en euros.
  • Sécuriser progressivement à l'approche de l'échéance, plutôt qu'en une fois.
  • Mettre les frais en regard du rendement attendu : face à un taux moyen servi de 2,63 % en 2025 [1], un point de frais représente un poids significatif et certain.

Questions fréquentes

Un fonds en euros peut-il perdre de la valeur ?

Le capital est garanti par l'assureur selon les termes du contrat, et les intérêts attribués sont acquis. Vérifiez surtout si la garantie s'entend avant ou après déduction des frais de gestion annuels : lorsqu'elle est exprimée avant ces frais, une rémunération insuffisante peut conduire la valeur de rachat sous le cumul des versements nets de frais d'entrée.

Faut-il basculer en unités de compte quand le rendement du fonds en euros baisse ?

Pas mécaniquement. Le rendement passé ne dit rien du risque que vous pouvez supporter : un arbitrage se justifie par un changement d'horizon ou d'objectif, pas par une année décevante.

Les prélèvements sociaux sont-ils plus lourds sur le fonds en euros ?

Le taux est identique, 17,2 % [5][7]. Seul le moment diffère : chaque année sur la poche euros, au dénouement ou au rachat sur les unités de compte [6]. Dans notre exemple, ce décalage coûte 254,85 euros sur douze ans pour 60 000 euros placés.

Quelle part placer en unités de compte ?

Il n'existe pas de pourcentage valable pour tous. La répartition dépend de la date d'utilisation de l'argent, de la perte temporaire que vous pouvez supporter, de vos autres placements et de votre besoin de garantie. Affectez d'abord les sommes nécessaires à court terme à des supports adaptés, puis dimensionnez la poche en unités de compte avec le capital réellement disponible à long terme.

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Information réglementaire

Octant Patrimoine, 9 avenue Carnot, Cherbourg-en-Cotentin. Paul Dubourguais exerce en qualité de conseiller en investissements financiers et de courtier en assurances, immatriculé à l'ORIAS et membre d'une association professionnelle agréée par l'AMF. Données réglementaires et chiffrées collectées et vérifiées le 18 août 2026 ; elles sont susceptibles d'évoluer. Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement, ni une promesse de rendement. Nos conditions tarifaires sont publiées sur la page /tarifs et remises par écrit avant toute mission.

Sources

  1. ACPR (Banque de France), Analyses et synthèses n° 180, Revalorisation 2025 des contrats d'assurance-vie et de capitalisation, juin 2026 : acpr.banque-france.fr
  2. Légifrance, Code des assurances, article L131-1 (version en vigueur depuis le 24 mai 2019) : legifrance.gouv.fr
  3. Légifrance, Code des assurances, article A132-5 (version en vigueur depuis le 2 mai 2007), pris pour l'application de l'article L132-5-2 : legifrance.gouv.fr
  4. Légifrance, Code des assurances, article A132-16 : legifrance.gouv.fr
  5. impots.gouv.fr, Comment sont imposés les produits des contrats d'assurance-vie depuis le 1er janvier 2018 ?, page mise à jour le 20 mars 2026 : impots.gouv.fr
  6. Légifrance, Code de la sécurité sociale, article L136-7 (version en vigueur depuis le 21 février 2026), notamment II 3° a) et c) et III bis : legifrance.gouv.fr
  7. Légifrance, Code de la sécurité sociale, article L136-8 (version en vigueur depuis le 27 juin 2026), I 2° et IV 4° : legifrance.gouv.fr
  8. Légifrance, Code des assurances, article L132-5-2 (note d'information et renvoi à l'arrêté) : legifrance.gouv.fr
  9. Légifrance, Code des assurances, section V « Participation aux bénéfices techniques et financiers » (articles A132-10 à A132-17), notamment A132-11 : legifrance.gouv.fr
  10. Autorité des marchés financiers, « Investir dans une assurance-vie », rubrique consacrée aux frais de gestion du contrat : amf-france.org

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Paul Dubourguais

Conseiller en gestion de patrimoine à Cherbourg-en-Cotentin, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26004544. Dix ans en banque privée et en fintech (HSBC, Caisse d'Épargne Île-de-France, WeSave) avant de fonder Octant Patrimoine en 2026. Parcours complet

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