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Racheter des trimestres de retraite : dans quels cas est-ce vraiment rentable ?

Publié le 8 min de lecturePar Paul Dubourguais

Le rachat de trimestres passe pour le moyen simple d'effacer une carrière incomplète. C'est d'abord une opération financière : un prix, une contrepartie fiscale, un délai de retour. Selon l'option retenue, les trimestres qui vous manquent et votre tranche marginale d'imposition, le même versement peut être amorti en une douzaine d'années ou ne jamais l'être. Voici comment trancher, et les cas où d'autres leviers font mieux pour moins cher.

Ce que recouvre le rachat dit « Fillon »

Le dispositif s'appelle officiellement le versement pour la retraite. Il figure à l'article L. 351-14-1 du Code de la sécurité sociale et permet de cotiser volontairement au titre des années d'études supérieures et des années civiles validées par moins de quatre trimestres [1][2].

Trois bornes le structurent : avoir au moins 20 ans et moins de 67 ans à la date de la demande, sans être déjà retraité du régime général [1][5] ; un plafond de 12 trimestres, tous types de versements confondus [4][5] ; et surtout des trimestres qui ne comptent pas pour l'ouverture d'un départ anticipé, carrière longue ou travailleur handicapé notamment [3][5]. Si votre objectif est de partir plus tôt à ce titre, ce dispositif ne vous y aidera pas.

Deux options qui ne produisent pas le même effet

La pension de base se calcule ainsi : salaire annuel moyen des 25 meilleures années, multiplié par un taux, multiplié par le rapport entre vos trimestres et la durée de référence de votre génération [6].

L'option 1, dite « taux seul », agit sur le seul taux : elle réduit ou supprime la décote, sans modifier la proratisation. L'option 2, « taux et durée d'assurance », agit sur les deux termes et coûte logiquement plus cher [6]. Le raisonnement se fait donc en deux temps : identifier ce qui vous pénalise le plus, décote ou proratisation, puis choisir. La décote vaut 0,625 point de taux par trimestre manquant, le nombre retenu étant le plus petit entre les trimestres manquants pour la durée requise et ceux restant avant l'âge du taux maximum automatique, fixé à 67 ans pour les générations nées à partir de 1955 [7][8].

Ce que coûte un trimestre en 2026

Le barème dépend de l'âge à la demande, de l'option choisie et de la moyenne des revenus d'activité, répartie en trois tranches calées sur le plafond annuel de la sécurité sociale, soit 48 060 € en 2026, avec un seuil intermédiaire à 36 045 € [1]. La circulaire Cnav 2026-04 du 5 février 2026 rappelle que le barème en euros reste celui fixé pour 2013 par l'arrêté du 21 octobre 2012 : seules les tranches de revenus sont réactualisées [1].

Quelques repères, pour une moyenne de revenus supérieure à 48 060 € [1] :

Âge en 2026Option taux seulOption taux et durée
40 ans2 753 €4 080 €
50 ans3 563 €5 279 €
60 ans4 367 €6 472 €
62 ans4 510 €6 684 €

Le prix monte avec l'âge jusqu'à 62 ans, puis redescend légèrement. L'écart entre options reste stable : l'option 2 coûte 1,48 fois l'option 1, à tous les âges.

Le tarif réduit avant 40 ans

Un tarif préférentiel existe, souvent ignoré. Si vos études relevaient de la formation initiale et si vous déposez la demande avant le 31 décembre de l'année civile de vos 40 ans, le montant est diminué de 670 € par trimestre en option 1 et de 1 000 € en option 2, dans la limite de 4 trimestres, les trimestres déjà validés au titre d'un stage venant en déduction [5]. Avant la réforme de 2023, le délai courait jusqu'au 31 décembre de la dixième année suivant la fin des études [4]. Pour un actif de 40 ans dans la tranche haute, l'option 2 revient alors à 3 080 € au lieu de 4 080 €, près d'un quart de moins.

La déduction fiscale abaisse le coût, elle ne crée pas la rentabilité

Les sommes versées sont déductibles du revenu imposable de l'année du paiement [4]. La Direction générale des finances publiques précise qu'aucune case dédiée n'existe dans le formulaire 2042 : la déduction s'opère sur le montant des salaires ou des pensions déclarés, accompagnée d'une note explicative [10]. L'économie dépend donc directement de votre tranche marginale d'imposition.

L'économie d'impôt vaut le versement multiplié par votre tranche marginale, soit 11 %, 30 %, 41 % ou 45 % selon le barème 2026 [11]. À 45 %, un rachat de 20 000 € revient à 11 000 € nets ; à 11 %, à 17 800 €. Un versement important peut toutefois déborder sur la tranche inférieure et n'être déduit qu'en partie au taux le plus élevé.

Précision souvent oubliée : la pension supplémentaire sera elle aussi imposable. Si votre tranche reste identique avant et après la retraite, déduction à l'entrée et imposition à la sortie se neutralisent, et le délai d'amortissement en net rejoint celui calculé en brut. L'avantage fiscal réel n'apparaît que si votre tranche baisse au passage à la retraite.

Ce que le rachat au régime général ne fait pas

La circulaire Cnav est explicite sur son champ d'application : le versement pour la retraite concerne la retraite de base, pas la complémentaire [1]. Racheter des trimestres au régime général ne crée donc aucun point Agirc-Arrco. Un dispositif distinct existe à l'Agirc-Arrco, pour les mêmes périodes, mais il suppose d'avoir d'abord fait la démarche auprès du régime de base ; il est plafonné à 3 années et 140 points par année, son coût correspondant au nombre de points multiplié par la valeur du point, affecté d'un coefficient d'âge [6].

L'effet indirect, lui, est sous-estimé : partir avec une décote réduit définitivement la retraite complémentaire Agirc-Arrco des salariés du régime général [8]. Un rachat qui vous ramène au taux maximum protège donc aussi votre complémentaire, sans y ajouter de points. Cet effet n'est pas intégré au calcul ci-dessous, volontairement prudent.

L'exemple qui suit est fictif. Le personnage, les montants et les hypothèses ont été construits pour la démonstration et ne correspondent à aucun dossier réel.

Exemple : calculer la rentabilité d'un rachat de 4 trimestres

Sylvie est née le 3 mars 1966 et travaille dans la sous-traitance industrielle du Cotentin. Sa génération doit réunir 172 trimestres, pour un âge légal de 63 ans et 3 mois [7][9]. Elle atteint cet âge le 3 juin 2029 et vise une retraite prenant effet le 1er juillet 2029, les pensions prenant effet le premier jour d'un mois. Elle disposerait alors de 168 trimestres, soit 4 trimestres manquants. À cette date, il lui resterait 15 trimestres avant ses 67 ans : la décote porte sur le plus petit des deux nombres, donc 4 trimestres [8]. Son taux tomberait à 47,5 %, soit 50 moins 0,625 multiplié par 4.

Hypothèses : salaire annuel moyen des 25 meilleures années de 45 000 €, moyenne de revenus d'activité supérieure à 48 060 €, tranche marginale de 30 % pendant l'activité et de 11 % à la retraite [11]. À 60 ans en 2026, le trimestre lui coûte 4 367 € en option 1 et 6 472 € en option 2 [1].

Sans rachat : 45 000 × 47,5 % × 168/172 = 20 878 € de pension de base annuelle.

Option 2, 4 trimestres : coût brut 4 × 6 472 = 25 888 €. Pension : 45 000 × 50 % × 172/172 = 22 500 €. Gain annuel brut : 1 622 €.

Option 1, 4 trimestres : coût brut 4 × 4 367 = 17 468 €. Pension : 45 000 × 50 % × 168/172 = 21 977 €. Gain annuel brut : 1 099 €.

Le rapport entre coût brut et gain brut ressort à 15,96 ans en option 2 et 15,90 ans en option 1. Les deux s'amortissent donc à la même vitesse : l'option 1 mobilise simplement 8 420 € de moins.

En net, à 30 % de tranche marginale, l'option 2 coûte 18 122 € après déduction et le gain, imposé à 11 %, ressort à 1 444 € par an. Le délai devient 12,6 ans, soit un équilibre vers 76 ans. L'option 1 aboutit au même délai, 12,5 ans, pour un effort divisé par 1,5. Si la tranche restait à 30 % à la retraite, le gain net de l'option 2 tomberait à 1 135 € et le délai remonterait à 16 ans, soit un équilibre vers 79 ans.

Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Ils ignorent la CSG et la CRDS sur les pensions, l'effet favorable sur la complémentaire, la revalorisation des pensions et l'actualisation des flux. Surtout, le résultat dépend de la durée de vie : personne ne peut garantir d'atteindre le point d'équilibre. C'est un indicateur de délai, pas une promesse.

Les alternatives qui font souvent mieux

Poursuivre l'activité. Chaque trimestre supplémentaire peut réduire le nombre de trimestres manquants sans versement de rachat, tout en générant des droits complémentaires. C'est souvent l'option la moins coûteuse lorsqu'elle est possible, mais son intérêt dépend aussi du salaire, des conditions de travail et de la date exacte de validation des trimestres.

La surcote. Une fois le taux plein atteint et l'âge minimum de départ dépassé, chaque trimestre civil entier supplémentaire majore la retraite de base de 1,25 % [9]. Quatre trimestres valent 5 % de plus, définitivement, pour zéro euro investi.

Les majorations de durée d'assurance. Un enfant peut ouvrir droit à 8 trimestres, 4 au titre de la maternité ou de l'adoption et 4 au titre de l'éducation, ces derniers étant partageables entre parents sous conditions [12]. Beaucoup de relevés de carrière sont incomplets sur ce point : les vérifier ne coûte rien.

Le plan d'épargne retraite. Les versements sur un PER sont eux aussi déductibles, avec le même effet de tranche marginale, mais ils restent votre capital, disponible et transmissible, alors qu'un trimestre racheté disparaît avec vous. Comparez cette logique à celle des autres enveloppes dans notre article PER ou assurance-vie pour un cadre de 45 ans, puis testez vos hypothèses avec notre outil de projection d'épargne.

Un cadre qui a bougé deux fois en trois ans

La réforme du 14 avril 2023 a relevé l'âge légal vers 64 ans et porté la durée requise à 172 trimestres pour les générations les plus récentes. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 en a suspendu une partie, pour les retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026 : selon les tableaux prévisionnels de l'Assurance retraite, la génération 1966 passe de 63 ans et 6 mois à 63 ans et 3 mois, et les générations 1964 comme le premier trimestre 1965 voient leur durée requise ramenée à 170 trimestres [7].

Un rachat calibré sur les paramètres de 2024 peut donc être devenu inutile en partie. Faites vérifier votre durée requise avant tout chiffrage. Pour les assurés du Cotentin, les dossiers sont instruits par la Carsat Normandie [5].

Questions fréquentes

Combien de trimestres puis-je racheter au maximum ?

Douze, tous types de versements confondus au régime général, au titre des années d'études supérieures et des années civiles validées par moins de quatre trimestres [4][5].

Le rachat me permet-il de partir en carrière longue plus tôt ?

Non. Les trimestres acquis par versement pour la retraite ne sont pas pris en compte pour l'ouverture des droits à un départ anticipé [3][5].

Faut-il choisir l'option taux seul ou l'option taux et durée ?

Cela dépend de ce qui vous pénalise. Si seule la décote est en cause, l'option 1 suffit souvent et coûte environ un tiers de moins [1][6]. Si vous êtes loin du compte sur la durée, l'option 2 agit sur les deux termes, mais son surcoût doit être justifié par le gain de proratisation.

Un rachat au régime général me donne-t-il des points Agirc-Arrco ?

Non, il ne concerne que la retraite de base [1]. Le dispositif Agirc-Arrco est distinct, plafonné à 3 années et 140 points par année, et suppose d'avoir d'abord racheté au régime de base [6].

Y a-t-il un moment où le rachat est nettement moins cher ?

Oui, avant 40 ans : le tarif réduit retranche 670 € par trimestre en option 1 et 1 000 € en option 2, dans la limite de 4 trimestres, à condition de déposer la demande avant le 31 décembre de l'année civile de vos 40 ans et que les études relèvent de la formation initiale [5].

Comment calculer le point mort d'un rachat de trimestres ?

Divisez le coût net du rachat, après économie d'impôt, par le gain annuel net de pension. Le résultat donne un nombre d'années de retraite nécessaire pour récupérer la mise. Il faut ensuite intégrer l'imposition future de la pension, l'effet éventuel sur la complémentaire, l'actualisation des flux et l'incertitude sur la durée de perception.

Un rachat de trimestres, un versement sur un PER, un arbitrage de contrat : ces décisions se prennent avec un relevé de carrière à jour et une projection chiffrée. Découvrez notre approche du conseil en gestion de patrimoine à Cherbourg-en-Cotentin et consultez nos tarifs.

Information réglementaire

Octant Patrimoine, 9 avenue Carnot à Cherbourg-en-Cotentin. Paul Dubourguais exerce en qualité de conseiller en investissements financiers et de courtier en assurances, immatriculé à l'ORIAS et membre d'une association professionnelle agréée par l'AMF. Barèmes et données réglementaires à jour au 18 août 2026. Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé ni une recommandation d'investissement.

Sources

  1. Cnav, circulaire 2026-04 du 5 février 2026, « Versement pour la retraite et rachats de cotisations alignés, coût du versement au 1er janvier 2026 », avec en annexe le barème applicable aux demandes déposées en 2026 : legislation.lassuranceretraite.fr
  2. Code de la sécurité sociale, article L. 351-14-1 : legifrance.gouv.fr
  3. Service-public.gouv.fr, « Retraite du salarié dans le secteur privé : rachat de trimestres », fiche F15675 : service-public.gouv.fr
  4. L'Assurance retraite, « Racheter des trimestres » : lassuranceretraite.fr
  5. L'Assurance retraite, formulaire et notice S5127e (11/2025), « Demande d'évaluation de rachat de trimestres pour la retraite au titre des années d'études supérieures » : lassuranceretraite.fr
  6. Agirc-Arrco, « Comment racheter des trimestres et des points Agirc-Arrco pour améliorer ma retraite ? », mis à jour le 19 février 2025 : agirc-arrco.fr
  7. L'Assurance retraite, « À quel âge vais-je partir ? » : lassuranceretraite.fr
  8. L'Assurance retraite, « La décote : quels effets ? », mis à jour le 23 juin 2025 : lassuranceretraite.fr
  9. Service-public.gouv.fr, « Retraite du salarié du secteur privé : qu'est-ce que la surcote ? », fiche F19643, mise à jour du 1er janvier 2026 : service-public.gouv.fr
  10. Services Publics +, réponse de la Direction générale des finances publiques sur la déduction des sommes versées pour un rachat de trimestres : plus.transformation.gouv.fr
  11. Service-public.gouv.fr, « Impôt sur le revenu : tranches et taux d'imposition 2026 » : service-public.gouv.fr
  12. L'Assurance retraite, « Être parent », majorations de durée d'assurance pour enfant : lassuranceretraite.fr
  13. Code du travail numérique, reprise de la fiche service-public sur le rachat de trimestres, mise à jour du 1er janvier 2026 : code.travail.gouv.fr

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Paul Dubourguais

Conseiller en gestion de patrimoine à Cherbourg-en-Cotentin, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26004544. Dix ans en banque privée et en fintech (HSBC, Caisse d'Épargne Île-de-France, WeSave) avant de fonder Octant Patrimoine en 2026. Parcours complet

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