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Trésorerie d'entreprise : que faire des excédents ?

Publié le 8 min de lecturePar Paul Dubourguais

Un exercice porteur, des chantiers de maintenance qui s'enchaînent, des règlements clients qui rentrent plus vite que prévu : et voilà le compte bancaire de la société qui affiche un solde confortable. Pour de nombreux dirigeants de PME du Cotentin, sous-traitants ou prestataires liés de près ou de loin à l'activité de la centrale de Flamanville ou du site Orano de La Hague, cette situation devient récurrente. Reste une question simple en apparence mais lourde de conséquences : que faire de cette trésorerie qui dort sur le compte courant de la société ? La distribuer, la placer, la prêter ? Chaque option a un coût fiscal et social différent, et une décision prise trop vite peut s'avérer nettement plus onéreuse qu'anticipé.

Distinguer la trésorerie de fonctionnement du véritable excédent

Avant d'envisager quoi que ce soit, un diagnostic s'impose. Toute somme présente sur le compte de la société n'est pas disponible pour un placement ou une distribution. Il convient de réserver en priorité le besoin en fonds de roulement (BFR), c'est-à-dire les sommes nécessaires pour couvrir le décalage entre dépenses engagées et encaissements clients, ainsi qu'une réserve de précaution pour absorber un creux d'activité ou un investissement imprévu. Ce n'est qu'au-delà de ce socle que l'on peut parler d'excédent véritablement mobilisable. Pour une entreprise liée aux grands donneurs d'ordre industriels du Cotentin, cette réserve mérite d'être calibrée avec prudence : les cycles d'arrêts de tranche ou de campagnes de maintenance ne sont pas linéaires d'une année sur l'autre, et un excédent constaté en fin d'exercice peut correspondre à un simple décalage plutôt qu'à un surplus structurel.

Les pièges d'une distribution précipitée

Le réflexe le plus courant consiste à distribuer l'excédent en dividendes au dirigeant associé. Cette option a un coût qu'il faut mesurer avec précision, en particulier en SARL ou en EURL.

Pour tout associé personne physique, les dividendes sont en principe soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU), dont le taux global s'établit à 31,4 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ayant relevé la CSG sur les revenus du capital de 1,4 point [1][2]. Cette hausse concerne les dividendes, les produits à revenu fixe et les plus-values de cession de valeurs mobilières ; elle ne s'applique pas aux produits d'assurance-vie et de capitalisation, qui restent à 17,2 % [2].

Pour un gérant majoritaire de SARL ou d'EURL, une règle s'ajoute : la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales des travailleurs non salariés (TNS), en application de l'article L136-3 du code de la Sécurité sociale [3][4]. Cette fraction échappe aux prélèvements sociaux classiques mais supporte des cotisations dont le taux global est de l'ordre de 40 à 45 % selon le revenu, plus l'impôt sur le revenu à 12,8 % [4][5]. Dans une société au capital modeste, ce seuil est vite atteint : une distribution importante peut alors basculer, pour l'essentiel, dans le régime le plus coûteux.

Les solutions pour faire travailler l'excédent dans la société

Le compte à terme et les supports monétaires

La solution la plus simple consiste à placer l'excédent sur un compte à terme ou un support monétaire ouvert au nom de la société. Les intérêts perçus s'intègrent au résultat imposable et sont taxés à l'impôt sur les sociétés (IS) au taux normal de 25 %, ou à 15 % pour la fraction du bénéfice total de la société qui n'excède pas 42 500 € par exercice, sous réserve que le chiffre d'affaires reste inférieur à 10 millions d'euros, que le capital soit entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques [6][7]. Ce taux réduit s'apprécie sur l'ensemble du bénéfice fiscal, produits financiers compris : si l'activité opérationnelle a déjà consommé le plafond de 42 500 €, les intérêts sont taxés au taux normal de 25 %.

Le contrat de capitalisation logé dans la société

Le contrat de capitalisation peut être souscrit par une personne morale, contrairement à l'assurance-vie réservée aux personnes physiques. Son régime fiscal pour une société à l'IS obéit à une logique particulière : en application de l'article 238 septies E du CGI, les produits sont rattachés chaque année au résultat imposable selon un calcul actuariel forfaitaire, que le contrat ait ou non fait l'objet d'un rachat dans l'exercice [8][9]. La société est donc imposée annuellement sur un produit théorique, indépendamment de la performance réelle, ce qui suppose un suivi avec l'expert-comptable. L'intérêt du support reste de loger la trésorerie sur une durée longue, dans un cadre reconnu, sans obligation de rachat immédiat.

D'autres leviers selon votre structure

Au-delà de ces deux solutions de base, d'autres montages existent pour un dirigeant disposant de plusieurs sociétés ou d'un excédent devenu structurel d'une année sur l'autre : mise à disposition de trésorerie entre sociétés d'un même groupe, structuration via une holding pour bénéficier du régime mère-fille. Ces montages obéissent à des règles précises (notamment en matière de lien capitalistique entre sociétés et de monopole bancaire) et se justifient au cas par cas selon votre situation : ils méritent un échange dédié plutôt qu'une présentation générique.

Cas pratique : Cotentin Mécanique, une PME face à son excédent

Prenons l'exemple de Cotentin Mécanique, SARL fictive de chaudronnerie industrielle intervenant sur des chantiers de maintenance à Cherbourg-en-Cotentin. Son capital social est de 10 000 € (1 000 parts de 10 €), réparti entre Thomas, gérant majoritaire (600 parts, 60 %), et Karim, associé non dirigeant (400 parts, 40 %). Aucun compte courant d'associé ni prime d'émission n'existe à ce jour. Après deux exercices porteurs, la trésorerie de la société atteint 320 000 €. Avec l'expert-comptable, Thomas évalue le BFR et la réserve de précaution à 140 000 €. L'excédent réellement mobilisable ressort donc à 180 000 €.

Scénario A, distribution intégrale en dividendes. Karim perçoit 72 000 € (40 %), soumis au PFU de 31,4 %, soit environ 22 608 € de prélèvements et un net de 49 392 €. Thomas perçoit 108 000 € (60 %). Le seuil de 10 % applicable à son cas se calcule sur sa quote-part de capital social, soit 10 % × (60 % × 10 000 €) = 600 €. Sur cette fraction, le PFU de 31,4 % s'applique normalement (188 €). Sur le solde de 107 400 €, les dividendes basculent dans l'assiette des cotisations sociales TNS : en retenant un taux global indicatif de 45 %, la charge sociale avoisine 48 330 €, à laquelle s'ajoute l'impôt sur le revenu au taux de 12,8 %, soit environ 13 747 €.

Scénario A : distribution de 180 000 €Karim (40 %)Thomas (60 %, gérant majoritaire)
Dividende brut72 000 €108 000 €
Fraction soumise au PFU de 31,4 %72 000 €600 €
Fraction basculée en assiette de cotisations TNSaucune107 400 €
Prélèvements totaux22 608 €≈ 62 265 €
Net perçu49 392 €≈ 45 735 €
Taux effectif de prélèvement 31,4 % ≈ 58 %

Cas fictif. Cette simulation est simplifiée : le taux de cotisations réel dépend du revenu professionnel global de Thomas et doit être validé avec l'expert-comptable de la société.

Scénario B, maintien dans la société via un contrat de capitalisation. Les 180 000 € restent à l'actif de Cotentin Mécanique. Aucune imposition personnelle n'est déclenchée pour Thomas ou Karim. Les produits du contrat sont rattachés chaque année au résultat fiscal de la société et taxés à l'IS selon le niveau de bénéfice global de l'exercice (15 % ou 25 %). La somme reste disponible pour financer un investissement futur ou amortir un creux d'activité, et la décision de distribution, si elle intervient plus tard, peut être étalée sur plusieurs exercices pour limiter l'effet de seuil des cotisations TNS.

Ce comparatif ne présage pas d'un choix universellement préférable : il dépend du besoin de revenu personnel de Thomas, de l'horizon de placement, et de la stratégie de développement de l'entreprise.

Questions fréquentes

Faut-il distribuer la trésorerie excédentaire chaque année ?

Non. Rien n'oblige une société à distribuer ses bénéfices. Conserver la trésorerie dans la société permet souvent de limiter la fiscalité immédiate et de conserver une capacité d'investissement, à condition que les statuts et le pacte d'associés, s'il existe, n'imposent pas de règle de distribution minimale.

Le contrat de capitalisation d'une société est-il disponible à tout moment ?

Oui, un rachat total ou partiel reste possible à tout moment, sous réserve des conditions du contrat souscrit. La fiscalité s'applique cependant chaque année sur une base actuarielle forfaitaire, indépendamment de la date de rachat.

Peut-on prêter la trésorerie de la société à son dirigeant à titre personnel ?

Non. L'article L223-21 du code de commerce interdit à une SARL de consentir un découvert ou une avance en compte courant à son gérant ou à un associé personne physique, sous peine de nullité [10].

Quelle différence entre un contrat de capitalisation et une assurance-vie pour une société ?

Une assurance-vie ne peut être souscrite que par une personne physique. Une société soumise à l'IS ne peut recourir qu'au contrat de capitalisation, dont le régime fiscal (imposition annuelle forfaitaire des produits) diffère sensiblement de celui de l'assurance-vie détenue par un particulier.

Pour évaluer la meilleure façon de faire travailler la trésorerie excédentaire de votre entreprise, retrouvez notre approche du conseil en gestion de patrimoine à Cherbourg-en-Cotentin, nos honoraires détaillés, et, pour une première estimation de votre situation fiscale personnelle, notre simulateur fiscal.

Information réglementaire

Ce contenu est fourni à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé au sens de la réglementation applicable au conseil en investissement financier. Les données chiffrées, taux et seuils cités sont ceux en vigueur au 10 août 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Paul Dubourguais, fondateur d'Octant Patrimoine, exerce en tant que Conseiller en Investissement Financier (CIF) et Courtier en assurances, sous statuts réglementés et immatriculé à l'ORIAS. Toute décision de placement, de distribution de dividendes ou de restructuration doit faire l'objet d'un échange préalable avec votre expert-comptable et, le cas échéant, avec un conseiller en gestion de patrimoine.

Sources

  1. Légifrance, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026. legifrance.gouv.fr
  2. Banque Transatlantique, « Loi de financement de la Sécurité sociale 2026 : les principales évolutions en matière de prélèvements sociaux ». banquetransatlantique.com
  3. Légifrance, code de la sécurité sociale, article L136-3 (fraction de dividendes supérieure à 10 % du capital social, primes d'émission incluses, et des sommes inscrites en compte courant d'associé). legifrance.gouv.fr
  4. Le Coin des Entrepreneurs, « Les dividendes du gérant majoritaire ». lecoindesentrepreneurs.fr
  5. Kapital Pro, « Gérant TNS SARL et EURL en 2026 : cotisations sociales URSSAF expliquées » (ordre de grandeur du taux global de cotisations). kapital-pro.com
  6. Légifrance, code général des impôts, article 219 (taux de l'impôt sur les sociétés, taux réduit de 15 % dans la limite de 42 500 €), version en vigueur au 21 février 2026. legifrance.gouv.fr
  7. LégiFiscal, « Taux de l'impôt sur les sociétés ». legifiscal.fr
  8. Légifrance, code général des impôts, article 238 septies E, et BOFiP, BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10 (rattachement annuel actuariel des produits des contrats de capitalisation détenus par une entreprise). legifrance.gouv.fr · bofip.impots.gouv.fr
  9. Prosper Conseil, « Contrat de capitalisation personne morale : fiscalité, IS, IR et TME ». prosper-conseil.fr
  10. Légifrance, code de commerce, article L223-21 (interdiction des emprunts et découverts consentis par la SARL à son gérant ou à un associé personne physique). legifrance.gouv.fr

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Paul Dubourguais

Conseiller en gestion de patrimoine à Cherbourg-en-Cotentin, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26004544. Dix ans en banque privée et en fintech (HSBC, Caisse d'Épargne Île-de-France, WeSave) avant de fonder Octant Patrimoine en 2026. Parcours complet

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